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l'atelier de flanelle
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21 septembre 2006

21/09/01

Chantal y a pensé aussi... Ce ne doit pas être la seule.

Triste souvenir que cette journée passée dans l'attente... J'étais en poste à Montauban, j'étais venue en train. Je n'étais pas la seule à venir travailler de Toulouse mais la seule à avoir mes enfants, jeunes, sur place, encore scolarisés à l'époque. Le papa était en poste aussi, à l'extérieur de Toulouse lui aussi. Tout de suite après l'explosion, les lignes ont été bloquées. Il n'y a quasiment que l'appel de mon mari qui est passé au travers ce matin-là, il m'a juste confirmé que c'était bien l'AZF qui avait explosé et qu'il partait chercher les enfants. Mon chef d'établissement nous a interdit de quitter notre poste, la circulation des trains était interrompue, mes collègues Toulousains n'ont pas osé passer outre les paroles du chef d'établissement pour rentrer.

Alors j'ai attendu... L'explosion a eu lieu vers 10h17 et j'ai attendu toute la journée... Les élèves me voyaient la mine défaite, attendant une nouvelle quelconque de mon mari, de mes enfants... Je n'ai rien su avant de passer la porte de l'appartement, à 18h15... De les revoir et de pouvoir serrer mes enfants dans mes bras, j'ai pleuré et ma gorge se serre encore en y repensant...
Mon mari était parti les chercher, il a encore en mémoire son sinistre trajet avec les véhicules qui fuyaient la ville, la boue, le verre cassé de partout, les personnes blessées...

Pour ceux qui connaissent, il arrivait par le sud de la ville, il a dû finalement "garer" la voiture aux Arènes, les hélicoptères étaient sur la route. Jusqu'à présent les forces de l'ordre l'avaient laissé passer parce qu'il expliquait qu'il voulait récupérer ses enfants. Alors il a fait tout le reste de la route à pied, des Arènes jusqu'à Rangueil pour le plus grand, puis de Rangueil jusqu'à l'église St-Sernin pour le plus petit avec le plus grand qui essayait de suivre. Finalement, ils sont rentrés à peine avant moi. La panique, l'état des quartiers sinistrés... Le plus jeune se souvient encore de la débandade du personnel de la crèche, le plus grand se souvient encore de la vitre qui a explosé devant lui. Et puis la suite, les hélicoptères qui survolaient incessamment la ville la nuit pour empêcher les cambriolages, les cauchemards des enfants, les dessins qui amalgamaient les twin towers et la cheminée rouge et blanche de l'AZF. L'école de Louis est restée fermée plusieurs semaines et ils sont restés dans des algecos pendant plus d'un an ensuite.

De ce jour-là j'ai tiré au moins deux leçons :

Ne pas me mettre dans une position où je dois me plier à un petit chef qui m'interdit de partir à la recherche de mes enfants alors même que mes élèves ne risquaient rien, eux.
Ne plus vivre de manière à ce que le boulot prenne une place indûe par rapport à ma vie de famille : Tout peut disparaître du jour au lendemain et ce jour-là, je préfère avoir des souvenirs de moments passés en famille qu'au boulot.

Nul doute que cet événement a sa part dans notre changement progressif de vie par la suite et dans le fait que nous ayons décidé de quitter la ville.

Et aujourd'hui, on ne nous dit toujours pas ce qui s'est passé ce jour-là... Dans 20 ans peut être ?

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Commentaires
L
Oh que oui ! Il faut vivre ici, et maintenant, sans remettre à plus tard le plus important pour soi... Certains "tremblements" ont cette vertue bien cachée de nous le rappeler impérieusement...
L
je suis très touchée en lisant ton post. J'ai vécu cet évènement de loin, je ne suis pas de cette région.<br /> On vit dans un monde où l'on se croit protégés et à l'abri de tout. Mais ce genre d'évènement nous fait prendre conscience de notre propre fragilité et du lien ténu qui nous retiens à la vie. <br /> le positif dans tout ça, c'est que ta famille et toi, vous n'avez pas fermé les yeux sur cette réalité et vous vous êtes demandé ce qui était vraiment important ds cette vie : l'amour des siens. Rien d'autre n'est important.
N
Par un hasard très heureux mon mari et moi n'étions pas sur TOulouse, sinon mon mari aurait vécu des heures très difficiles, son travail étant situé tout près du site d'AZF...<br /> C'est un revenant sur TOulouse deux jours plus tard que nous avons saisi l'ampleur des dégâts, et chaque année nous y pensons.<br /> <br /> TOn coeur a vraiment du se serrer ce jour-là !
S
on comprend mieux pourquoi tu as changé de style de vie, et tu ne peux que t'en féliciter parce que tu as pu le faire
C
Contrairement à toi, j'ai eu la chance d'avoir un chef (celui des babouches!) qui a décidé de fermer l'entreprise pour que chacun aille retrouver les siens et ça je dois reconnaître que c'était très "humain" de sa part. <br /> Comment oublier l'angoisse quand j'ai entendu à la radio "explosion à l'Onia on n'en sait pas plus pour l'instant" et qu'à 10h30 je ne pouvais déjà plus joindre personne au téléphone?<br /> Comment oublier ces mamans qui courent vers les crèches et écoles récupérer leurs enfants en leur mettant des mouchoirs sur nez?<br /> Comment oublier qu'il fallait fermer les fenêtres pour se protéger d'un nuage alors qu'il n'y avait plus de fenêtres?<br /> Comment oublier le bruit des hélicos, celui des ambulances, pompiers, etc?<br /> Comment oublier qu'en ces temps de Communication les lignes étaient saturées, surtout pour les secours?<br /> Comment oublier ces images de ces blessés, de ces lieux, si communs pour nous, dévastés?<br /> Comment oublier les rumeurs, les mensonges, tous les "je vous promets toute la vérité sur cette explosion..."?<br /> Oui nous sommes si peu de choses et le mot fin peut arriver si subitement même ici... Je crois que ce triste évènement a fait mûrir un bon nombre de toulousains, beaucoup ont voulu "repenser" leur vie.
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